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  • Jessica Gérondal Mwiza

Que fait le Rwanda au Congo ? (3/4)


Mise au point au sujet des théories construites sur le terreau de l’antitutsisme et du racisme, aussi bien assumés qu'intériorisés par les acteurs du débat.



Partie 3-1 Que seraient ces rumeurs sans leurs intouchables portes-voix ?





Malgré l’évidence du caractère nul et non avenu des accusations tenues sur le registre du grand malheur congolais à imputer au seul Rwanda, voire à un seul homme - Paul Kagame (nous-mêmes nous le trouvons puissant mais il s’agirait de ne pas exagérer le trait) - et que seule la persuasion par la répétition semble faire office d’argument et de stratégie dans un “c’est certain car tout le monde le dit”, ces accusations s’ancrent solidement dans les récits.

Dès lors que ces sujets - “guerre au Congo”, “guerre au Kivu”, “pillage du coltan”, “viols au Congo” - sont abordés, les politiques, journalistes et associatifs même les plus sérieux ne daignent pas prêter la moindre attention aux voix officielles du Rwanda, à celles d’activistes vivant au Rwanda ou travaillant sur la mémoire du génocide contre les Tutsi (qui ont pourtant tout fait pour dénoncer les récentes tueries contre les Tutsi du Congo).. ou mieux, à celles des représentants du groupes d’autodéfense civil congolais M23, puisque c’est à propos de ce dernier que tout le monde semble s’agiter en ce moment.

L’ensemble de ces groupes et personnes sont suspectés d’office, il s’agit-là de l’effet de l’antitutsisme. Avoir tort sans même être interrogé. Être désigné malin absolu, le point de départ et d’arrivée évident de toute destructivité. À quoi bon interroger et prendre en compte une autre opinion, surtout si elle va à l’encontre de celle déjà admise, telle un catéchisme.


Ces refrains sont repris à l’unisson par différents représentants et experts de l’ONU ainsi que par les plus grandes ONG internationales. C’est donc avec toute la portée de leur pureté autoproclamée que les éléments de langage se répercutent ensuite dans les mots et sous les plumes de plus modestes journalistes, activistes, politiciens locaux et nationaux, parlements divers et enfin, des citoyens et citoyennes de tous les pays.

“Mapping à démontré que”, “Mukwege, prix Nobel de la paix dénonce !” “Human Rights Watch confirme …” la messe est dite, aucune défense n’est possible.

Pourtant, le Rwanda se défend, sans cesse. Produisant des communiqués de presse reprenant point par point les éléments factuels de réponse aux accusations, s’autorisant même à rappeler l’évidence : que le Rwanda n’est actuellement pas en guerre et qu’il serait bon d’aller interroger la partie effectivement en guerre et visée, c’est à dire le M23.


Des puissantes institutions vectrices des accusations anti-Tutsi : l’ONU et ses Organisations Non Gouvernementales satellites.


“Le Rwanda tue au Congo, 6 (7, 9, 12 …?) millions de morts d’après le rapport Mapping !” Peut-on lire ad nauseam depuis le début des années 2010. En 2010, le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme publie le dit rapport du projet Mapping “concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République démocratique du Congo”. Il est le résultat d’un travail de terrain mené de juillet 2008 à juin 2009. Sa popularisation s’effectue à travers le journal Le Monde, notamment, puis sa reprise sera assurée par les plus grandes ONG (encore récemment par la LDH, la FIDH et Amnesty International menés par HRW.)

Le rapport Mapping est systématiquement cité en argument d’autorité par celles et ceux qui veulent imputer l’ensemble des morts du Congo - par millions - au Rwanda voisin. Sans ce rapport, nous comprenons donc qu’ils n’ont rien de tangible en termes de preuves.

Les chiffres annoncés par les détracteurs du Rwanda sont tous un équivalent ou un multiple du nombre de morts de la Shoah. L’effet recherché est évidemment d’annuler le génocide perpétré contre les Tutsi ainsi que toutes les responsabilités judiciaires qui y sont liées. Il s’agit du principal outil négationniste de notre temps.


Cependant, le fameux rapport émanant de l’ONU est biaisé de plusieurs et importantes façons. Il a identifié de très nombreux crimes et coupables, mais semble néanmoins être construit dans le but d’accuser principalement le Rwanda dans des termes plus qu’évocateurs :


“Les attaques systématiques et généralisées (...) ayant ciblé de très nombreux réfugiés Hutu rwandais et des membres de la population civile Hutu et causé leur mort, révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crime de génocide”.

Encore une fois, nul ne nie qu’il y eut une guerre. Toutes les guerres sont terribles et à éviter au possible. Il faut cependant rappeler quelle fut la cause de ces guerres. Et ce fut fait lors du précédent article de cette série. Le Rwanda est un État qui dispose du droit de se défendre et de protéger ses frontières. Ce qu’il fit, sans pour autant que l’on puisse parler de génocide, bien au contraire.


Le journaliste Patrick de Saint-Exupéry est un spécialiste de cette histoire. Un professionnel dont on ne peut pointer l’absence de connaissance du terrain, car dans ses investigations de grand reporter il suivit les mouvements de réfugiés après le génocide des Tutsi et ce jusqu’aux profondeurs du Congo. Après un voyage retour au Kivu puis au cœur du Congo une vingtaine d’années plus tard dans le but d’écrire son livre La traversée, il note que Mapping raconte “une guerre avec le vocabulaire de l’extermination. Waterloo décrit avec les mots d’Auschwitz”. Il ajoute qu’ “Hubert Védrine cite régulièrement le rapport Mapping afin d'accréditer la théorie du “double génocide”. Il le cite à sa manière, en en faisant un usage partial, incomplet et manipulateur. Hubert Védrine - comme François Mitterrand - a un besoin vital de cette théorie du “double génocide”. Occultant les faits, elle ouvre la porte à toutes les remises en cause ; sans avoir l’air d’y toucher”.


Le rapport Mapping, tout comme les terribles accusations à l’encontre du Rwanda arrangent donc tout le monde. Ceux qui ont pensé et perpétré le génocide contre les Tutsi, risquent actuellement la prison et ont noué de puissantes alliances au Congo en France et au delà, puis leurs collaborateurs passés et actuels, et enfin les politiciens congolais qui n’ont que le Rwanda comme distracteur pour leurs vols et incapacités.


Du reste, le rapport Mapping a été durement et légitimement critiqué. Curieusement, ces critiques n’intéressent personne. On en revient à notre problématique principale développée au sein de ces articles. Seule l’annonce sensationnelle du fait que le Rwanda était enfin “coincé” prévalait et prévaut toujours. L’aspect de la médiocre méthodologie du rapport Mapping, qui n’est pas même digne d’un exposé de collégien ? Aux oubliettes.


Parmi ces aspects, on retrouve la question des témoins utilisés par les experts de l’ONU. Ils sont cités à tout va sans que l’on puisse établir la véracité de leurs propos ni même d'où ils situent leur parole. Nombre d’entre eux peuvent être et sont certainement des membres des FDLR, les génocidaires Hutu dans leur recomposition sur le sol congolais.


Certains groupes franchement idéologisés et extrémistes sont représentés parmi les contributeurs, à l’image du “Groupe Jeremie de Bukavu” une organisation catholique raciste créée en 1993. Dès la libération du Rwanda, ce groupe a pris la défense des génocidaires dans des communiqués de presses négationnistes. Ils affirmaient qu’en lieu et place de la libération du Rwanda, le FPR massacrait systématiquement les populations Hutu. Le ministre Rwandais de l’unité nationale et de l'engagement citoyen Jean Damascène Bizimana avait rédigé à l’époque une brillante réponse au rapport Mapping faisant état des mensonges de ce groupe, et ceux de bien d’autres témoins participants à cette vaste entreprise politique.


Car faut-il le rappeler ? L’ONU n’est pas un ectoplasme neutre et intrinsèquement bon flottant quelque part au-dessus de nos esprits. Il est l’émanation directe du pouvoir Occidental, et ses représentants partagent les ambitions et stratégies des États membres dont ils sont issus.


Jean Damascène Bizimana avait entre autres noté le témoignage orienté d’une certaine Marie Béatrice Umutesi, qui avait participé aux actes d’accusations du juge français Bruguière contre des cadres du FPR. Des actes dont chacun reconnaît désormais le caractère foncièrement politique et fantaisiste. La France avait besoin de cette accusation afin de contrebalancer les accusations de collaboration et de complicité de génocide perpétré contre les Tutsi.

Il pointait ensuite et entre autres, la ridicule période d’enquête de terrain pour un si grand pays, la RDC, puis les nombreuses preuves issues de critères risibles ; à l’image du fait que l’on reconnaîtrait les Tutsi et les Hutu … par leurs noms de familles ?! Et que c'est ainsi que le FPR aurait visé et trouvé les Hutu du Congo.

Ces affabulations rappellent celles des rapports actuels, aussi peu rigoureux et transparents sur la qualité de leurs recherches et de leurs sources.

En outre, le Rapport Mapping, le vrai, raconte une toute autre histoire. La version la plus connue est en réalité un draft ayant fuité au sein des médias et ONGs avant sa soumission au Comité des Sanctions des Nations Unies, son commanditaire. Ce dernier sera effectivement rejeté pour sa faible méthodologie ainsi que ses affirmations non prouvées. Le réel Mapping n’est jamais cité par quiconque, alors que sa version brouillon l’est à tout bout de champ.


Il nous faut admettre que faire une fixation sur Mapping serait inefficace. Il y eut d’autres Mapping, il y en a actuellement, il y en aura d’autres. Tous sont et seront probablement rédigés avec des arguments toujours plus légers voir fallacieux.

Afin de mettre un terme aux arguments d’autorités pluri-annuels et mensongers de l’ONU, il faudrait commencer à exiger une transparence à propos des Curriculum Vitae, et donc de la motivation de celles et ceux qui pilotent ces rapports.

Si l’on se concentrait, par exemple sur le CV de Steve Hege, coordinateur des experts de l’ONU pendant plusieurs années et à l’origine de rapports “établissant” l’aide du Rwanda au M23, on y trouverait une curieuse affection pour le groupe des FDLR. Il a en effet écrit Understanding the FDLR in DR Congo au sein duquel il leur donne une image de groupe rebelle aux revendications légitimes, une image quasi attendrissante. Il note par exemple que les FDLR se sont à un moment donné senties trahies par le peuple congolais ! Rien que cela. Encore plus ahurissant, en 2010 dans un document qui se nomme “Independent oversight for mining in the Eastern Congo: A proposal for a third party Monitoring and Enforcment Mechanism”, il réclame le droit de s’occuper de la vente des minerais de l’est du Congo en partenariat avec son camarade Jason Stearn, lui-même “expert sur les violences au Congo”. Être arbitre et partie (puis se servir au milieu du chaos) semble toujours aisé lorsque l’on est issu d’une certaine poignée de pays.


“Human Rights Watch confirme …”


Par ailleurs, Human Rights Watch est la plus grande protectrice de Mapping. Son ancien dirigeant, l’influent Kenneth Roth semble vouer une haine personnelle sans nom à l’encontre du président du Rwanda, Paul Kagame. HRW est l’ONG des droits humains de référence. L’ONG en cheffe, conditionnant ce que les autres (Amnesty, la Ligue des droits de l’Homme, l’ACAT, la LDH par exemple) doivent dire et faire et ce à quoi ils doivent s'intéresser en priorité. Ils donnent le “LA” de l’humanitaire, en quelque sorte.

Cette ONG ne se situe pas non plus dans un ectoplasme spatial de neutralité, hors de toute idéologie. Pour information, à l'époque du rapport Mapping, le directeur Afrique de HRW se trouve être un certain Habimana Aloys. Un Rwandais qui fut directeur d’une organisation véhiculant un discours extrémiste et génocidaire. Il a fui aux USA prétendant que le FPR cherchait à le tuer, dans la même veine que les rumeurs non fondées (et ne fonctionnant que sur les aprioris racistes anti-Tutsi) sur les assassinats systématiques qui seraient commis par le pouvoir rwandais envers ses opposants. Il signa lui aussi un document controversé pour mener à l’inculpation des officiers du FPR préparée par la France et le juge Bruguière. HRW est une organisation viscéralement anti-Rwanda et ses allégations ne peuvent être observées comme étant neutres ou justes.


Dans la seconde partie de cet article numéro 3, clôturant cette série, un focus sera effectué sur l’un des principaux porte-voix de cette idéologie et de ces discours en la personne de Denis Mukwege. Une conclusion sera proposée, un plaidoyer pour la fin de ce cycle infernal de contrevérités, de propagande et de violences.



Sources :


Livres


La nuit rwandaise numéro 7 (2013) Kivu, la remobilisation meurtrière du racisme, édition Izuba.

https://www.lanuitrwandaise.org/presentation-la-nuit-rwandaise-no7,341.html


Chrétien, J., Kabanda, M. (2016). Rwanda. Racisme et génocide: L'idéologie hamitique. Belin. https://doi.org/10.3917/bel.kaban.2016.01


Saint-Exupéry, P. (2021). La traversée. Les arènes.

https://www.babelio.com/livres/Saint-Exupery-La-traversee/1299418


Johnson, R. (2014). Rwanda, la Trahison de Human Rights Watch. Izuba Editions

https://livre.fnac.com/a11067372/JOHNSON-R-Rwanda


Articles


Maison, R. & de Geouffre de La Pradelle, G. (2014). L'ordonnance du juge Bruguière comme objet négationniste. Cités, 57, 79-90. https://doi.org/10.3917/cite.057.0079



Rapports et communiqués de presses


http://cec.rwanda.free.fr/documents/doc/rapportONU/RwandanCommentsOnTheUnDrcReport.pdf (commentaires du Rwanda sur le rapport Mapping).

https://ishamifoundation.org/press-releases/ (communiqués de presse concernant l’inquiétude actuelle des associations face aux meurtres systématiques des Tutsi en RDC, incités par les politiques).


https://panafricanreview.rw/what-really-happened-in-kishishe-drc-2/ (rapport disponible en français sur les récents évènements de Kishishe, déformés à l’envie).




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