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Guerre de drapeaux, piétinement des mémoires et mort du combat pour la paix

Je voulais exprimer plusieurs colères. La première est celle qui me serra la gorge face à la vague de réactions crasses faisant suite au pire massacre de juifs depuis la Shoah, perpétré par le Hamas. La seconde colère vient de la dépolitisation des propos en dehors des temps de massacre. La troisième et intense colère est évidement l’effacement du crime contre l’humanité en cours contre les Palestiniens.


Je voulais écrire quelque chose depuis le 7 octobre, sans y parvenir de prime abord. Etant trop sidérée. C’est peut-être mon côté rwandais, l’épigénétique influencée par des décennies de pogroms, du génocide puis mon intérêt tout particulier pour ces sujets qui produisent cela. Puis aussi – et cela paraitra paradoxal au sein d’un texte avec beaucoup de « je », il m’est apparu assez autocentré et peu humble d’écrire alors qu’à des milliers de kilomètres de là les cendres et les murs tombent, le sang coule, les personnes crient et sombrent dans le désespoir. J’avais également décidé – et je m’y tiens la plupart du temps – de cesser avec mes anciennes mauvaises habitudes prises à l’époque des Jeunes Socialistes de penser que ma parole est juste, nécessaire et attendue à tout moment. Point de volonté ici de vous faire la genèse de mes connaissances simplistes du conflit Israélo-palestinien avec une prise de position fermement tranchée pour l’une ou l’autre partie comme l’ont fait de trop nombreuses personnes. Si c’est ce que vous cherchez, passez votre chemin. Je voulais exprimer plusieurs colères.

- La première est celle qui me serra la gorge face à la vague de réaction crasses faisant suite au pire massacre de juifs depuis la Shoah, perpétré par le Hamas le 7 octobre. Il n’y avait aucune autre réaction à avoir que celles de la stupeur, de l’effroi, de la tristesse ; de l’empathie la plus élémentaire en somme, face aux assassinats froids de civils non belligérants. Aucune. Pas de « remise en contexte », pas de justification, pas d’explication ni d’exploitation : c’était le temps du deuil et de l’effroi car nous parlons de civils. De simples personnes comme vous et moi. Vous n’avez pas tenu 24 heures, mais que dis-je ! Pas 5 minutes dans le respect. Vous pouvez enrober vos propos avec des tirades sur les « révolutions anticoloniales » comme vous voulez, si vous avez exprimé autre chose que de l’empathie à cet instant là, dans une gamme d’insanités allant jusqu’au soutien à la résistance palestinienne qu’auraient représentés les assauts multiples du 07 octobre : vous êtes de vulgaires antisémites. J’ai lu tellement de Tweets, de statuts Facebook et autres écrits baignant dans cette dangereuse débilitée, que j’en suis restée paralysée des jours durant. La guerre est effrayante mais la bêtise humaine qui la permet et la maintient l’est encore plus. Je n’ose pas imaginer l’état dans lequel vous avez mis les communautés juives à travers le monde en vous mettant en scène de la sorte. Ces femmes, enfants, bébés, vieillards assassinés cela ne vous aura – pour de trop nombreux commentateurs- provoqué qu’un « bien fait » souvent mal déguisé sous de pauvres pirouettes intellectuelles pseudo-radicales. Non, vous n’aviez pas à parler de l’odieux blocus de Gaza, de l’occupation, de la colonisation continuelle et violente d’Israël à ce moment-là. De façon juxtaposée avec le pire massacre de juifs depuis la Shoah. Vous aviez et avez toute l’année pour le faire. Ne pas le comprendre est incroyable, mais cela explique aussi la raison pour laquelle bien de nos combats pour la justice et pour la paix n’avanceront jamais et c’est mon point suivant. J’ai lu beaucoup trop de « toutes les révolutions sont violentes ». Dans vos rêves de révolutionnaires de canapé peut-être, certainement même. J’ai été façonnée par une histoire qui vous prouverait tout le contraire. Si vous étiez réellement curieux et anticoloniaux, vous la connaitriez également car elle est un cas d'école. Des décennies de pogroms racistes contre les Tutsi, 1959, 63, 64, 73, 90, 91, 92 … jusqu’au crime des crime : le crime de génocide perpétré par les Hutu contre les Tutsi du Rwanda en 1994. Une violence qui commença par les stratégies du diviser pour mieux régner des colons qui écartelèrent nôtre société pour mieux en extraire et piétiner son cœur : l’unité parfaite et totale d’un peuple et sa culture millénaire. Un crime Allemand, Belge et Français. Une violence qui commença par les mots, la propagande, la désignation du bouc émissaire, sa déshumanisation. L’inversion de la hiérarchie des valeurs ensuite, permise par l’autorité publique rwandaise (Hutu extrémiste), testée des décennies durant jusqu’à ce que les derniers barrages d’humanisme cèdent : au sein même des familles. Les nôtres ont été poussé à l’exil, sans patrie des décennies durant, menacés de mort dans ces situations, sans avenir. Lorsqu’ils restaient sur le territoire du Rwanda c’était pour eux l’apartheid réel et total. L’absence d’accès aux emplois, à l’éducation, les meurtres sommaires, les massacres comme je le disais : dans des procédés d’horreur extrêmes visant à marquer la frontière entre les vrais Hommes " Bantu " , les Hutu et les faux, les Tutsi. Les crânes des bébés furent ouverts, les femmes enceintes éventrés, les vieillards comme jeunes femmes et hommes suppliciés à cause d’une idéologie proche de l’antisémitisme et d’une réplique parfaite du protocole des sages de Sion et de toute la machine génocidaire qui entourait la production et l’utilisation de ce dernier au sein des grands lacs. Les Tutsi en exil ont fait leur révolution, ils ont fait l’impossible et l’impensable pour leur génération celles d’avant et celles d’après : prendre les armes depuis un pays étranger limitrophe et aller combattre l’armée officielle du Rwanda génocidaire, soutenue par la France. Le FPR eut un mot d’ordre, toujours respecté faute de quoi, les frères d’armes étaient exécutés par les leurs, sous ordre militaire : ne pas toucher aux civils. Les Rwandais en exil ont libéré le Rwanda du génocide dans la guerre, certes, mais avec une boussole : ne pas se transformer en leurs ennemis car la fin ne justifie pas les moyens. Avançant depuis le nord, récupérant des rescapés aux corps décharnés sur leur passage : ils ne se vengeaient pas. Ils en avaient l’interdiction car il n’y avait pas d’autres solution pour mettre fin au cercle des violences. Après le génocide, alors que les cerveaux du crime des crimes s’étaient retranchés au Zaïre, prenant en otage et comme boucliers humains des civils Hutu dans d’immenses camps formant un Rwanda génocidaire numéro 2 à quelques pas de la frontière avec le Rwanda, le FPR alla chercher la plupart des civils Hutu. Pour les ramener au pays, pour le reconstruire ensemble. Les mêmes qui avaient participé au génocide, les mêmes qui étaient totalement idéologisés qui avaient pu, si ce n’est tuer, rire devant un Tutsi gisant au sol ou se précipiter pour piller sa maison ont été accueillis réinstallés et réhabilités. Cette histoire n’est pas incroyable, elle est réelle. Elle est inconnue car la plupart des militants préfèrent pérorer sur des clichés à propos d’histoires qu’ils ne connaissent pas réellement plutôt qu’apprendre de celles qui ont le potentiel de changer la face du monde. Elle est inconnue car les canaux de traitement des informations politiques et historiques sont tellement tordus dans leur fonctionnement, que le narratif négationniste a fermement pris le pas sur la réalité et qu’en ce moment même de nombreuses personnes vont lire cet article en disant « n’importe quoi, les rwandais tuent au Congo ». Un mensonge créé dans la défense des génocidaires faisant face au Tribunal Pénal International au Rwanda et par Mitterrand qui ne tiendrait pas la route une seule minute si les commentateurs de canapés lisaient des livres d’histoire au lieu de se laisser baigner, mariner jusqu’à l’état de décomposition intellectuelle et morale totale par les idéologies qui sont à l’origine même des problématiques ici visées. La vraie révolution fut de stopper le cercle des vengeances au Rwanda. Ce fut et c’est toujours le cas. Je ne parviens pas, à être l’un des fruits de cette histoire et à lire sans réagir les inepties qui se sont multipliées dans les premières minutes suivant l’attaque du 7 octobre sur les « nécessités de la révolution ».

- La seconde colère vient de la dépolitisation des propos tenus de toute part en dehors des temps de massacre. La France est réellement le pays au sein duquel on entend parler du conflit israélo-palestinien à toutes les sauces, partout, tout le temps. Seulement voilà, hormis les concernés : vous en parlez mais vous en parlez mal. En dehors des formules choc, il est extrêmement rare de lire et d’entendre des personnalités, des militants et autres associatifs avoir une parole un peu complexe, nommant des acteurs, des personnalités, des politiques avec précision. Partageant des textes, des re-contextualisations historiques précises. Non, la plupart du temps tout n’est que hurlement et incantations. Les mêmes phrases, les mêmes procédés rhétoriques : répétés en boucles. Pas de pédagogie ni d'éducation populaire donc pas d'élévation collective. Cela me fait penser avec un frisson d’horreur dans le dos à la situation actuelle au Kivu. Une situation au sein de laquelle les responsabilités et les acteurs sont connus, traçables, précis mais par-dessus laquelle, une machinerie du « c’est plus compliqué que ça, c’est sombre et sinueux car c’est l’Afrique » nourrit la petite bête du mensonge et du complotisme, afin que le chaos dure plus longtemps et que ses instigateurs en profitent. J’ai cette horripilante sensation s’agissant de la situation des Israéliens et Palestiniens : personne ne décortique ni de dénonce jamais qui est à la tête de quelle organisation, quels sont les soutiens de quelle partie et pourquoi, qui finance quoi, comment le peuple peut-il décider et prendre le pouvoir sur ses problématiques, quels sont les freins ... non. Le bruit efface d’avance tout débat qui pourrait mener à des solutions de court et de long terme. Le bruit empêche la construction longue et nécessairement sinueuse de solutions de paix.

- La troisième et intense colère est évidement l’effacement du crime contre l’humanité en cours contre les Palestiniens. Les réactions massives et ouvertement antisémites ayant suivi le massacre du 7 octobre n’excusent pas l’administration du même traitement face aux crimes annoncés et bien avancés avec l’assurance la plus totale par le gouvernement israélien. Depuis des décennies les Palestiniens sont comparés à des insectes, à des cafards. Des cafards. Par des autorités Israéliennes. Nous savons que Netanyahu est un extrémiste de la pire sorte qui est allé jusqu’à innocenter Hitler en discours dans sa haine extrême des arabes. Nous savons qu’il a formé les plus ignobles des alliances politiques afin de se maintenir au pouvoir. Contre l'avis de son peuple qui manifeste depuis des mois désormais. Aujourd’hui, l’État d’Israël annonce fièrement que les répercussions ne seront pas proportionnées. Des bombes chimiques au phosphore blanc sont utilisées. Les Gazaouis sont comparés à des animaux à abattre parqués comme tels, en cage. Un mouvement de population forcé et sans précédent est à l’œuvre, allant à l’encontre de toutes les règles du droit international. Comment, dans ce contexte, est-il possible d’afficher son soutien inconditionnel, aveugle et béat à ces dirigeants ? Comment est-il possible de fermer les yeux sur cette rhétorique et ces manœuvres génocidaires ? C’est une question qui n'appelle pas de réponse, nous savons comment : aucune vie humaine ne vaut réellement quoi que ce soit dès lors qu’elle va à l’encontre des intérêts supérieurs des États décideurs. La France s’illustre particulièrement dans ce domaine, à sa grande habitude, n'appelant pas à la désescalade et ajoutant de l'infamie à l'infamie. Les citoyens qui se clament humanistes et engagés se doivent de ne pas suivre ces voies-là afin de former des groupes de pression efficients envers leurs gouvernements respectifs, pour la paix. Dans le cas contraire : tout espoir restera vain.

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